Papier écrit en 2006, confié pour publication au SNMSL, jamais paru, ni sur les journeaux, ni sur le site du SNMSL:
Texte:
Les négociations engagées entre les gestionnaires de l'AMO et les représentants des praticiens sur la tarification nationale de référence sont suivies de près par la presse nationale qui, dans sa grande majorité, a rapporté l’information d’une façon objective.
Depuis que ces négociations ont commencé, beaucoup de choses ont été dites sur la «rigidité» des médecins, et leur refus de faire des concessions sur la valeur de leurs actes.
Et bien que les médecins aient fait des concessions, les gestionnaires de l’AMO les ont à chaque fois trouvées trop insuffisantes. Et cela est tout à fait compréhensible, puisque les caisses proposent des tarifs en dessous du prix de revient réel des actes, ce qui est inadmissible. En guise d’arguments, ils font valoir les «équilibres budgétaires» à préserver, et le fait que ce soit un « projet national» qu'il faut absolument faire réussir.
Il faut rappeler que les médecins ont toujours souhaité une couverture médicale généralisée qui permette un accès aux soins sans entraves à leurs patients. Et bien que L'AMO, ou plus précisément la CMB (couverture médicale de base) ne soit pas encore généralisée, les médecins ont accepté l'idée d'une convention nationale, qui fixe les obligations de chacun des partenaires, et en passant , fixe des « tarifs nationaux de référence ».
Mais, quand on parle de « tarif », cela suppose un calcul préalable du prix de revient. Et je ne vois pas pourquoi le médecin ne défendrait pas ses « tarifs » objectivement calculés comme tous les autres corps de métiers, dont certains gagnent beaucoup plus avec beaucoup moins d’investissements, et beaucoup moins de responsabilités.
Les médecins, dans leur grande majorité, ont consenti des investissements coûteux, comme dans les autres secteurs, et se sont endettés lourdement pour pouvoir exercer leur métier, et garantir à la population une certaine qualité de soins. Ceci est d'autant plus vrai ces vingt dernières années, où les structures de l'Etat devenaient de moins en moins performantes du fait du fameux «réajustement structurel». Durant des décennies, les médecins privés ont pris en charge une grande majorité de la population, du moins celle qui pouvait payer leurs services, soulageant ainsi les structures de État qui prétendait garantir la santé pour tous gratuitement, alors qu'il était dans l'incapacité budgétaire de le faire. Et ma foi, les médecins privés ont réussi leur pari. La CNOPS avoue que 90% de ses dépenses se font dans le privé. Et ceci n'est pas un hasard.
En ce moment, beaucoup de ces médecins sont en difficulté à cause justement de leurs dettes, et du coût de la vie qui ne les ménage pas. Beaucoup d’entre eux ont dévissé leurs plaques et ont émigré ailleurs pour vivre dignement. Et bien que leur mission soit «sociale» par excellence, aucun gouvernement n'a pensé à réduire le coût de leurs installations, ni à leur accorder des subventions comme celles accordées à l'agriculture ou au tourisme, ni à leur garantir une «stabilité de l'emploi». Ils ont toujours été livrés à la «loi du marché» que certains n'acceptent pas, par pure démagogie, ou par confusion avec les service public. De plus, ce que les gens ne savent peut être pas, c'est que ces médecins n'ont pour la plupart d'entre eux, aucune couverture médicale, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs enfants. A noter aussi au passage que la plupart d'entre eux paient aussi la scolarité de leurs enfants, de la maternelle jusqu'à l'université, soulageant de ce fait les finances de État. Ils n'ont pas non plus de retraites. Je parle ici de la grande majorité des médecins, celle, silencieuse, qui gère dans le quotidien d'énormes problèmes de santé des gens, et dont beaucoup prennent parfois en charge gratuitement des malades sans le crier sur les toits.
Beaucoup de gens ne voient que ceux d'entre nous qui gagnent beaucoup d'argent. Je suis étonné que cela étonne encore dans un pays qui se veut libéral, et qui encourage l'initiative privée. Pourquoi ne dit on pas la même chose de l'enseignement privé, encouragé par État, et qui pratique ses prix librement ? L’enseignement a aussi une mission sociale, peut être même plus grave que celle de la santé.
Que les citoyens s'adressent aux praticiens les plus réputés, aux cliniques les plus propres et les mieux équipées, et donc les plus chères, cela ne doit pas non plus étonner. Mais, toutes ces prestations ont effectivement leurs «barèmes commerciaux au cours du marché» comme certains se plaisent à le dire de façon ironique.
Pourquoi les médecins devraient avoir honte de dire ce que valent leurs prestations ?
Ceux qui contestent aux médecins la valeur de leurs actes devraient demander à État d'évaluer le coût de ses prestations, et de les extrapoler au secteur privé. Sait on que le coût d'une consultation au centre de santé de État revient plus cher que celle d'un généraliste privé si l'on prend en compte tous les paramètres : salaire du médecin, sa mutuelle, sa retraite, le personnel infirmier mis à son service, les bâtiments construits, leur entretien, la bureautique, le linge, l'eau, l'électricité, le téléphone, les ordonnances (souvent manquantes), la femme de ménage, les frais de nettoyage etc. ? Selon certaines études, cette consultation coûterait plus que 172dhs. Or, le médecin généraliste privé consulte en moyenne à 100dhs pour rester compétitif. Et tout le monde sait que le généraliste privé dispose de beaucoup plus d'atouts et d'équipements que son confrère du secteur public : meilleur accueil, tenue d'un dossier médical, échographie, bandelettes urinaires, tests de grossesse, parfois ECG, etc.., qu'il n'attend pas des semaines ou des mois pour remplacer un matériel défectueux, qu'il est disponible beaucoup plus de temps dans son cabinet, parfois même la nuit, les jours fériés et les week-ends, qu’il se déplace à domicile quand la situation des patients l’exige. Au nom de quoi voudrait on que le médecin accepte d'abaisser le prix de sa consultation ? Arrêtons les démagogies !
Certains, en parlant de l'AMO, disent que ce sont de «nouveaux systèmes de soins fondés sur une solidarité contributive de tous les acteurs impliqués dans l'acte de santé». Moi, j'ai envie de m'arracher les cheveux quand je lis ce genre de discours démagogiques. Si on demandait aux auteurs de certains papiers démagogiques de réduire leurs salaires, ne serait ce que de quelques dirhams pour être solidaires des malades, ils provoqueraient une grève générale. Et si on demandait aussi aux hauts fonctionnaires de l’Etat, qui touchent parfois des salaires faramineux, de jouer la solidarité en payant 5% de leur salaire réel à la CNOPS au lieu du plafond ridicule de 400dhs ? Accepteraient ils ? Pourtant, selon certaines sources tout à fait dignes de foi, un tel geste ferait gagner à la CNOPS plus de 126 Millions de Dirhams par an. Ainsi, il y aurait réellement acte de solidarité. Pourquoi ne s'attaque t on pas aux entreprises qui sont restées en dehors de l'AMO, pour cinq ans renouvelables, refusant par là même de jouer la «solidarité contributive», et qui privent les caisses d'une recette substantielle ? Pourquoi ne dénonce t’on pas le personnel de la CNSS lui-même, gérant de l'AMO, qui a gardé sa mutuelle, et qui est resté en dehors de l'AMO décrédibilisant en quelque sorte le système ? On peut dire aussi la même chose de l’ONE, de la RAM, de l’ONCF, de l’ODEP, de l’OCP etc. Pourquoi voudrait on que ce soit uniquement les médecins qui paient pour la « solidarité », en acceptant que l’on touche à leur recette, laquelle est déjà très réduite par les nombreuses formes de concurrences déloyales?
Quand on parle de négociations, cela suppose des actions de part et d'autre. Ces actions peuvent être des concessions ou des avantages que l'on accorde à l'autre partie pour qu'elle accepte les propositions qu'on lui fait. Les médecins attendaient beaucoup de l’AMO , et notamment l’assainissement de l’exercice de la profession étant donné que c’est une réforme du système de santé de l’Etat marocain. On aurait aimé débattre de tout : exercice illégal , zones de non droit , conventions bidons, etc..Or, ce que beaucoup ne savent pas, c'est que les «négociations» se sont limitées pour le moment à la comptabilité, et aux équilibres financiers. Les gestionnaires ont proposé des «tarifs», et les prestataires les ont trouvés «humiliants». Et quand on ne propose que des chiffres, on ne peut obtenir que des chiffres, mais, je suppose que tout cela, est loin des préoccupations de certains. Ce qui compte pour eux, c'est le mot, le verbe à dire, le papier à vendre, et l'effet qu'il aura sur les autres. Eh bien, qu'ils soient satisfaits ! Beaucoup de médecins sont désemparés, et n'ont plus confiance. L'AMO réussira t elle dans un tel climat ?
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