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Entretien avec Docteur Aziz Kabbaj

Le Dr Mohamed Saïd Berrada a recueuilli les propos du Dr Aziz Kabbaj sur les diverses questions de l'heure. Nous vous en présentons ci-dessous quelques extraits:

Q : Vous êtes l’un des premiers médecins  marocains  installés dans le privé, quel regard portez-vous sur l'exercice de la médecine au Maroc, du temps ou vous avez commencé à exercer ?

R : C'était le temps de tous les espoirs, de tous les enthousiasmes non seulement pour  la médecine mais pour tout le pays. Un Maroc à peine libéré du joug du  colonialisme ; un peuple débordant de patriotisme et du culture nationaliste, une volonté unanime de faire faire au pays un immense pas en avant pour le sortir rapidement du sous - développement ! 

Q : Quelles étaient les difficultés et les obstacles que les médecins avaient à rencontrer à cette époque? Et que direz vous des patients à  cette époque ? étaient-ils nombreux ou moins nombreux qu' aujourd'hui ? Étaient ils informés ? 

R : Mon premier contact avec mes compatriotes malades fut dans un dispensaire du bled, un jour de souk, un petit local de deux pièces, un infirmier, quelques médicaments et une file immense de malades, groupant femmes, hommes, enfants et vieillards. Puis commença un défilé infernal de toutes les pathologies médicales, chirurgicales, obstétricales, dermatogiques, ORL, ophtalmologiques, etc. et toute une série de maladies inconnues ou disparues depuis belle lurette des manuels classiques; et moi, à peine débarqué de Paris, sans labo, sans radio. Je devais trouver une solution pour chacun et résoudre tous les problèmes en quelques minutes. Mais la récompense suprême de tous ces efforts était la gentillesse de ces gens du peuple, leur sourire, leur confiance et leur respect pour le médecin qu'ils considéraient comme le Mahim, le savant.

Puis ce fut la médecine privée, des salles d'attente regorgeant d'accompagnateurs, le même défilé de toutes les pathologies possibles, les mêmes difficultés à pouvoir prescrire les examens indispensables ou ordonner les médicaments nécessaires. Mais toujours la même gentillesse, le même respect pour le praticien et ses actes. En ce temps là, le manque de moyen des gens du peuple les conduisait d'abord chez le fqih ou le rebouteux et n'arrivaient chez nous que lorsque le mal est bien avancé ; alors le médecin, armé de ses seules connaissances cliniques et sa générosité, accomplissaient parfois des miracles.

Q : Quel est votre sentiment sur la médecine d'aujourd'hui ? Est -il plus facile et confortable d'exercer en cette fin de siècle et début d'un nouveau millénaire ? Les médecins sont-ils plus armés face à la maladie ?

R : Aujourd'hui bien sûr, la médecine a progressé d'une manière extraordinaire. Les moyens de diagnostic se sont multipliés à l'infini, les traitements aussi bien médicaux que chirurgicaux ont franchi des pas de géants, le nombre des praticiens ainsi que celui des établissements de soins s'est multipliés d'une façon considérable. Le médecin ne peut plus, actuellement, poser un diagnostic ou instaurer un traitement sans se référer à une montagne de documents.

Nous avons des centres nationaux de cardiologie, de cancérologie et de toutes les logies possibles. Nous avons équipé nos hôpitaux et nos cliniques avec du matériel ultra sophistiqué (scanner, IRM,...). Mais quels profits ont tiré de tout cela les petits gens du peuple, ceux-là mêmes que j'ai essayé de soigner au début de ma carrière dans un bled perdu ? Quels avantages en tirent les petits fellahs, les millions de petits commerçants, petits artisans, petits employés ; tous sans moyens financiers et surtout sans aucune couverture sociale ? 

Q : Quelle est votre opinion sur la couverture médicale généralisée ?

R : La couverture médicale généralisée est le seul moyen susceptible de mettre fin à cette médecine à deux étages, qui constitue une injustice sociale déplorable. Cette couverture doit être totale et englobant toutes les affections ; car le Maroc en plein essor économique a besoin de tous ses hommes et de toutes ses femmes valides et bien portant afin de relever tous les défis. 

La médecine privée se heurte actuellement à des difficultés énormes, difficultés qui ne peuvent que s'aggraver si des mesures drastiques ne sont pas prises rapidement. La première de ces mesures, à mon avis, est la couverture sociale totale qui donnera à une large classe sociale la possibilité de supporter les frais de consultation (des frais qui restent relativement accessibles), mais surtout la facture pharmaceutique qui subit à toute instant des augmentations scandaleuses, rendant de plus en plus inabordable la majorité des médicaments essentiels. 

La deuxième mesure est de revoir l'entassement excessif des praticiens dans les grands centres urbains. Mais la pléthore n'est pas le fait des seuls médecins. Elle a surtout pour origine le fait que la campagne marocaine a été trop longtemps négligée, dépourvue de toute infrastructure essentielle. Actuellement, toutes les agglomérations rurales, munies du minimum d'équipements, sont pourvue de 1, de 2, voire de 5 médecins privés. Seulement, il n'est pas humain de demander à des praticiens de s'installer dans les localités dépourvus d'eau potable, d'électricité, d'école, et de dispensaire. Le seul moyen donc de désengorger les villes à l'avenir est d'accélérer la modernisation de nos centres ruraux en les dotant d'infrastructures nécessaires à une vie décente.

La troisième mesure est de s'attaquer aux difficultés d'ordre matériel : loyers exorbitants, matériels onéreux, TVA, patente et concurrences diverses.

Q : Vous qui étiez président du conseil du nord puis du conseil supérieur, que pensez vous des nouvelles institutions ordinales ? 

R : Les institutions ordinales actuelles sont, en principe, des institutions idéales, couvrant tous les secteurs de la médecine et pouvant de droit assister la profession en contrôlant à tous les niveaux et dans tous les établissements de soins, le respect de la déontologie et de l'éthique médicale et n'hésitant jamais à sanctionner ceux qui permettent de porter atteinte à ces principes sans lesquels le médecin n'est rien. 

Mais devant le nombre de plus en plus important aussi bien des praticiens que des établissements de soins, les conseils de l’ordre se voient débordés. Il faudrait peut être créer au sein de chaque conseil des commissions sectorielles chargées de contrôler la marche de leur propre secteur et d’en référer ensuite au bureau du conseil qui statuera. 

Q: Que peut apporter la formation médicale continue pour le médecin, qu’elle que soit son ancienneté et son expérience ?

R: Bien sût elle est essentiellement pour le médecin quelle que soit sa spécialité ou son ancienneté, mais surtout elle est vitale pour le patient qui, par ignorance de son médecin, peut passer à côté d’une chance de vie ou de survie. Mais cette formation doit concerner les problèmes rencontrés tous les jours et ne pas s’attarder sur les questions hyper techniques.

Q: En tant que généraliste militant, que pensez-vous de la création de l’association regroupant tous les généralistes du royaume? 

R: S’associer c’est s’unir, s’unir, c’est se renforcer, se comprendre et peut être s’aimer. Donc toute association entre confrères ne peut être que bénéfique. Mais toute association entre association, c’est le bonheur. Longue vie donc à notre confédération de médecins généraliste et bonne chance.