Le 31 janvier 2002, une rencontre à l'initiative de la CNSS (la première du genre) a réuni à son siège à Casablanca : 

  • Des représentants de la CNSS

  • Des experts de l'Agence pour Le Développement et le Coordination des Relations Internationales (ADECRI-France)

  • Des représentants du Collège des Médecins Généralistes Privés de Casablanca

  • Le Président et le Secrétaire Général de la FNAMGPM

Cette réunion rentrait dans le cadre de l'étude menée par la CNSS marocaine, en collaboration avec les experts de l'ADECRI, pour apprécier les conditions techniques, matérielles et financières devant lui permettre d'assurer la gestion de la couverture médicale généralisée de base.

Le porte-parole de la CNSS a ouvert le débat pour exposer les principes de base du projet; à savoir la gestion bipolaire de l'AMO par la CNSS et la CNOPS, coiffées par une Agence Nationale. La couverture des prestations, envisagée se limiterait au gros risque.

Il a ensuite expliqué le rôle du comité d'experts dans l'analyse du contenu du projet; et exposé la mise en place des mécanismes d'application de cette AMO.

Le Président du comité d'experts français a ensuite pris la parole pour souligner qu'il n'entendait pas interférer dans les débats; mais qu'il souhaitait surtout connaître l'avis des généralistes sur ce projet d'Assurance Maladie Obligatoire.

Les représentants du Collège des Médecins Généralistes Privés de Casablanca ont intervenu à tour de rôle pour exposer leur vision de la future AMO.

Nous retiendrons de leurs interventions les points forts suivants : 

  • aucune mise en place d'une assurance maladie pertinente ne peut avoir lieu sans une restructuration du système de soins
      

  • ce système doit avoir pour priorité les soins de santé primaires, la prévention et le traitement de toutes les pathologies qui peuvent affecter l'individu, l'amélioration de la santé et de la qualité de vie des citoyens
      

  • la dépense de santé doit être régulée de façon régionale avec généralisation de la carte de santé, codage des actes, informatisation des professionnels
       

  • Privilégier une filière de soins verticale avec le généraliste comme porte d'entrée et de sortie, seule façon d'optimiser la qualité des soins et de maîtriser les coûts. 

Les représentants de la Fédération ont axé leurs interventions sur deux points essentiels aux yeux de la Médecine Générale :

Le premier point concerne le «RAMED» (Régime d'Assistance Médicale aux Economiquement Démunis) 

En effet le projet d'AMO présenté au gouvernement prévoit la prise en charge financière de cette frange de la population essentiellement par l'État (les communes), avec la participation des bénéficiaires, des produits financiers, des dons et legs...

L'article 124 du projet de loi envisage la dispense des soins dans les structures publiques (CHU et dispensaires).

Or chacun sait que c'est justement cette tranche de la population qui constitue le gros de la clientèle qui consulte dans les cabinets de médecine libérale. En «dirigeant» ces patients vers la médecine publique, ce projet d'AMO fait fi du principe sacro saint de l'équité et de l'égalité devant la maladie, prône le dirigisme, et pénalise d'avantage une médecine libérale déjà lourdement sanctionnée par la conjoncture entre autres.

La Médecine Générale consciente de son rôle citoyen et social, propose la prise en charge de cette tranche de la population, soit 

  • dans les cabinets privés, moyennant un forfait, 
      

  • soit dans les dispensaires et hôpitaux publics dans le cadre d'un partenariat public privé qui à notre avis va résoudre nombre de problèmes de santé à moindre coût. 

Le second point concerne «les gardes-fous» et la «porte d'entrée» de l'AMO 

La Fédération consciente du rôle que devra assumer le médecin généraliste dans le paysage sanitaire marocain n'a pas attendu que ce fameux projet d'Assurance Maladie Obligatoire voit le jour, pour commencer à s'organiser sur le plan professionnel.

La Fédération a entrepris un long travail de réflexion, puis d'étude afin de repositionner le médecin généraliste actuel sinon en médecin de famille, du moins en médecin de proximité compétent capable de proposer une médecine de qualité à un coût raisonnable à une population aux moyens limités.

La Fédération a démarré avec ses partenaires (M.S, FMOQ canadienne, OMS, CMS) la mise en place d'une série d'actions visant à redonner davantage de crédibilité au médecin généraliste, en proposant une stratégie de repositionnement de cet omnipraticien via une formation médicale continue de qualité, souple et adaptée (voir recommandations de «l'atelier de Marrakech»). 

En insistant sur ces deux points, nous avons voulu démontrer que la Fédération Nationale des Médecins Généralistes Privés du Maroc entendait non seulement participer activement à la mise en place de cette couverture médicale qu'elle juge pour le moment trop « étroite » pour tous les partenaires de la profession; mais qu'elle avait des propositions concrètes pour assurer la réussite technique et la pérennité financière de ce projet. La santé n'a pas de prix certes, mais elle doit être de qualité pour prétendre avoir un coût... à la porté de toutes les bourses, y compris celles des organismes payeurs !