ÉDITORIAL

  Dr. R. Choukri  

  
La pratique médicale libérale reste encore marquée dans notre pays par une conception individuelle de la médecine, conception traditionnelle qui paraît un peu dépassée aujourd'hui. La santé qui pendant longtemps "n'avait pas de prix" a désormais un coût que plus personne ne peut ignorer. Elle est l'affaire de tous: dispensateurs de soins ; pouvoirs publics et organismes de prévoyance sociale. 

Partout dans le monde, on appelle à la rationalisation des soins. C'est dire la nécessité de revoir notre système de santé de manière à l'adapter aux réalités de ce début de millénaire ! Le médecin généraliste privé a désormais affaire à une clientèle de plus en plus exigeante, mais en même temps, malheureusement de plus en plus démunie, ceci alors que les charges d'exercice de la profession (installation, équipement fiscalité, charges courantes, etc.) suivent inexorablement la courbe inflationniste du coût de la vie.

 
Alors pour survivre, le médecin généraliste s'est vu obligé soit de brader son art pour attirer de la clientèle, soit de se lancer dans une fastidieuse entreprise de mise à niveau. C'est ainsi qu'il "s'embarque" dans des formations qu'il veut à tout prix "diplômantes", donc payantes (et chères !), suivies de l'acquisition de matériel sophistiqué et partant onéreux ! Il espère ainsi améliorer ses revenus, ce qui est loin d'être acquis.
  
Le public, de son côté perçoit le médecin généraliste comme un acteur de santé peu compétent et peu fiable. Il lui préfère quand il en a les moyens une médecine spécialisée, qu'il court-circuite allègrement quand il pense que son "bobo" peut être soigné par le biais de l'automédication.
  
Le résultat est que nous avons au quotidien une médecine à deux vitesses : d'un côté une médecine au rabais, et de l'autre une médecine de luxe qui reste hors de portée du citoyen moyen.
  
Pour reconquérir professionnalisme et crédibilité, offrir des soins de qualité optimale au meilleur coût à l'ensemble de la population, nous devons envisager de réaliser une véritable mise à niveau de la profession afin de repositionner le médecin généraliste actuel en un acteur de santé "5 étoiles" au service de l'individu et de la société. Il devra constituer à l'instar de ses confères nord américains ou européens, la porte d'entrée du système de soins et accompagner l'individu tout au long de son existence.
  
Pour ce faire, il nous faudra impérativement :

  • Redéfinir le champ d'action de la médecine générale
     

  • Procéder à une évaluation des aptitudes des médecins généralistes à répondre aux besoins de la population
     

  • Développer les stratégies pédagogiques de formation professionnelle continue adaptées (en privilégiant les échanges interactifs, la diffusion par la presse médicale, les sites Internet et des actions multimédia)
     

  • Introduire aussi bien dans le cursus universitaire des futurs praticiens que dans le programme de formation continue des médecins généralistes en activité des modules tels que l'économie de la santé, la gestion, la communication...
     

  • Entreprendre avec l'aide d'experts étrangers en médecine de famille la formation d'un groupe d'animateurs locaux parmi les confrères généralistes qui en possèdent le profil, et qui devront assurer la relève en accompagnant à leur tour leurs pairs.
      

  • Faire appel également aux spécialistes comme personnes ressources.

Le but étant de parvenir à établir un véritable label de qualité de la profession.

Parallèlement, il nous faudra impérativement accompagner cet ambitieux programme par des actions de sensibilisation des pouvoirs publics et de la population à l'importance de la place privilégiée que doit occuper le médecin généraliste tant pour la rationalisation des soins que pour une prise en charge adéquate des malades. L'assurance maladie obligatoire que nous attendons tous impatiemment gagnerait à encourager un tel système de soins. Il a prouvé son efficacité partout dans le monde.
 
Les autorités de tutelle que sont le Ministère de la Santé et le Conseil de l'Ordre doivent de leur côté épauler la communauté médicale lourdement sanctionnée par la conjoncture économique ; en mettant en place des mesures d'encouragement (rééchelonnement des crédits, notamment jeune promoteur ; allégement des charges, code d'investissement, etc.), et en veillant à l'application stricte des lois dans le secteur de la santé.
  
Enfin, le médecin généraliste qui est par définition un médecin de proximité se doit également de s'impliquer davantage dans la vie de sa communauté, à travers des actions (sensibilisation, éducation sanitaire prévention, surveillance épidémiologique, etc.) qui le revaloriseront à coup sûr aux yeux de cette population dont il a la charge de soulager les souffrances.
 
L'idéal serait de pouvoir réunir autour de la même table tous les intervenants du secteur afin de définir une politique nationale de santé adaptée aux réalités de notre pays, et où la place de chaque acteur serait clairement établie.
  
C'est le défi qu'a essayé de relever récemment notre jeune Fédération en invitant pendant un week-end durant, médecins généralistes de tous bords, représentants du Ministère de la Santé, de l'Université et du Conseil de l'Ordre à venir se pencher sur l'avenir de la profession et essayer ensemble d'esquisser l'ébauche d'un médecin de l'avenir capable d'offrir des services de qualité à coût raisonnable.