C'est parce que la maladie est à la fois un état et une représentation, que le recours à la seule bio-médecine ne saurait être la seule et unique réponse à la demande de celui qui en est atteint. La maladie est une entité multi-disciplinaire qui affecte des champs multiples et divers: idéologique, sociologique, émotionnel et physique. Agir sur elle, et sur le corps est certes la tâche qui requiert le plus le médecin (et là où il doit exceller en tout cas), mais pour le malade, cela ne constitue en définitive qu'une partie du chemin à faire. Mal à l'aise et insatisfait alors de cette approche réductionniste, le malade aspire à une prise en charge holiste, globale et souhaiterait que, non seulement on le soigne, mais et surtout qu'on prenne soin de lui. Se déclenche alors chez lui le processus de quête et de recherche de soins, à travers tout un système de recours complexe et contradictoire, confectionnant des itinéraires diagnostiques et thérapeutiques qu'on appelle pluralisme médical. La maladie, au même titre que le mal et le malheur, fait partie de ce lot d'infortunes qui affecte l'homme aussi bien dans sa santé que dans ses biens. Sur le plan émotionnel, elle est vécue dans l'angoisse et la souffrance et suscite beaucoup d'interrogations et de questionnements: pourquoi moi ? Comment est ce arrivé ? Est-ce mon sort ? La fatalité ? Le thérapeute (tradipraticien, religieux...) bien imprégné par la culture locale détient un savoir ésotérique qui lui permet d'agir de manière plus efficace et ce, à moindre frais et sans appareillage lourd et impressionnant. Il a tout simplement besoin d'une bonne écoute de ses "malades", de quelques plantes médicinales, d'une ambiance de rituel pour que se produise le "miracle". Ce phénomène culturel bien présent et ancré dans les sociétés, trouve son explication dans le domaine des sciences sociales. L'anthropologie médicale est donc cette autre façon d'aborder les problèmes de santé. C'est un autre regard, d'une autre posture, de celui du traducteur culturel qui contribue à éclater la "part manquante" de la médecine moderne. Dans le contexte actuel et en matière d'écologie humaine, les sciences sociales sont devenues de plus en plus pertinentes, car les objets qui les intéressent sont tout aussi bien la société que la santé. Le SIDA offre l'occasion parfaite de s'en rendre compte. L'épidémiologie socioculturelle s'inspirant dans sa démarche du paradigme scientifique, met en évidence les mécanismes des états de santé et /ou morbides qui résultent du comportement de l`individu et /ou de la collectivité. L'ethnomédecine qui étudie l'ensemble des croyances et des pratiques relatives à la maladie dans chaque société (Genest 1978) est le savoir pratique populaire à partir duquel les maladies sont interprétées, conçues et ont un sens. Il s'agit d'une médecine empirique, archaïque qui privilégie les causes surnaturelles. A cet égard, la transgression des interdits magico-religieux ainsi que les conflits individuels et /ou avec la société constituent tout aussi bien des supports étiologiques que des arguments d`interprétation et d'exégèse. Ce bref développement est bien nécessaire pour comprendre le bien fondé des choses; et qui plus est d'un grand intérêt pratique. Non pas que je cherche à faire le plaidoyer de la médecine traditionnelle, tout particulièrement dans notre contexte, ni à pallier au manque ou peu d'information réservée à celle ci, mais, on peut toujours montrer qu'il existe une grande complémentarité entre cette dernière et la médecine moderne. De toute manière, la bio-médecine n'a jamais pu régner en maître absolu dans le champ médical. Il a toujours été question d'une autre médecine, une médecine parallèle ou une médecine traditionnelle. En outre, l'être humain ne peut être réduit à une simple addition d'organes, et encore moins à un bel assemblage de ceux ci, qu'on peut plier docilement à la rigueur des lois de la biophysique. Il en est de même pour l'état de santé qu'on ne peut représenter par l'addition d'un certain nombre d'examens électriques, radiologiques et biologiques normaux. L'homme vivant est l'homme souffrant, l'homme pensant. Même à travers un effort d'humanisme ou une certaine forme d'empathie, le médecin ne peut accéder à la personne. Notre seule force est la parfaite maîtrise de notre art qui nous permet de bien soigner nos malades. Il vaudrait mieux alors laisser aux autres la réponse à la demande de salut. Bibliographie 1) | Marc Augé - C.Herzlich : Le sens du mal Anthropologie Histoire Sociologie de la maladie . Ed. Archives contemporaines 1991 | | 2) | P.Cathébras : Le Champ de lanthropologie médicale. Ed Acte de la journée scientifique d'Anthropologie médicale. St Etiennes le 11- 3 -1989 PP 13-22. | | 3) | J.P Escande : Mirages de la médecine . Ed Albin Michel 1987 | | 4) | Joseph Lévy : Entretien avec J. Benoist - Les corps et les Dieux. Itinéraires anthropologiques. Ed Liber de vive voix 2000 | | 5) | JP Lévy : Le pouvoir de guérir. Une histoire de l'idée de maladie. Ed. Odile et Jacob 1991. | | 6) | Dr. J .Michaud : Pour une médecine autre. Ed J'ai lu 1971. |
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