|
Le généraliste: privé, la quarantaine (ou la cinquantaine) passée,
la bedaine, un vieux diplôme de doctorat en poche, assiste impuissant à la
dégradation de son métier, jadis noble et respecté et subit une concurrence
injuste et injustifiée que lui livrent des milieux bien intéressés, bien
plus puissants et mieux organisés que lui. Il ne peut rien contre l’État
qui l‘a formé sans savoir à quoi on le destinait. Il sait qu‘il est
pratiquement livré à lui même au même titre que le malade qu‘il est
sensé soigner. Il sait qu‘il n‘a d'autre choix que de se prendre en
charge, il ne se fait plus d’illusions. Conscient du fait que la demande du
malade est entrain d‘évoluer, il exprime le besoin d‘améliorer ses
compétences pour répondre à cette demande. Il veut donc organiser sa
formation continue. Comme il ne sait pas le faire, il fait naturellement appel
à l‘universitaire.
L’universitaire: fonctionnaire, jeune, dynamique, bourré de
certitudes scientifiques, très confiant dans l‘avenir en dépit de quelques
petits doutes vite noyés dans la certitude collective et l’assistance des
aînés. Aucune expérience en milieu "non protégé ". Il connaît
mal les médecins du terrain. Oh, il a sa petite idée sur leur "incompétence",
il a dû " récupérer "pas mal de leurs bêtises au service. Il
voudrait bien les rencontrer, leur parler de la "vraie" médecine,
celle qui se pratique dans les règles de l‘art au sein du CHU. Il voudrait
bien leur rappeler, à ces vieux externes que leur rôle se limite à traiter
les petits bobos, et à référer le reste. Merci M’sieur !
L'enjeu: l'avenir de la
santé dans le pays
L'amélioration de l‘accès aux soins, la
décentralisation , la couverture sociale, la carte sanitaire, la médecine de
proximité," la mise à niveau " des praticiens, et l‘entrée de
tous dans le troisième millénaire etc. Enfin, des "histoires de
politique" que ni le généraliste privé, ni le médecin universitaire
ne connaissent suffisamment. Tous les deux sont entrain de découvrir que les
choses se font mal, et que nos politiciens n‘ont pour la plupart, aucune
idée précise sur la politique de santé à appliquer dans le pays. Aucune
grande décision n‘a été prise dans ce domaine depuis belle lurette. La
raison est très simple : un système de santé efficace est celui qui place l‘individu
dans toutes ses dimensions au centre de ses préoccupations.
Le point de rencontre: la
formation médicale continue
Car, dès qu‘on parle de formation, on pense à l‘enseignant
! Dans le cas qui nous préoccupe, on pense naturellement à l‘enseignant
chercheur médecin, lequel est supposé maîtriser et les techniques d‘enseignement,
et les avancées scientifiques. Les autorités seraient parfaitement d‘accord
pour confier la formation à des enseignants. C‘est dans l’ordre des
choses ! Un enseignant, c’est fait pour enseigner ! Lapalisse ne dirait pas
mieux !
Problème: l’enseignement des
adultes
Il est un peu plus délicat que celui des étudiants de la
faculté. Les généralistes installés dans le privé sont pour la plupart d’un
certain âge, les jeunes n‘osant plus s‘installer en tant que
généralistes et choisissent de se spécialiser. Ces adultes là ont la tête
un peu " remaniée " par le temps et les réalités quotidiennes, et
ils ne se laissent pas toujours raconter n‘importe quoi. Ils aiment bien que
l’on se mette un peu à leur place et qu‘on soit pratique dans l’approche
des choses de la vie en général et de la médecine en particulier. Ils
trouvent inutile de toujours vouloir commencer par le commencement, ce qui est
souvent le cas avec les enseignants.
En définitive, ils voudraient bien que l’on identifie
exactement leurs besoins avant tout projet de formation. C‘est une règle
fondamentale en pédagogie. Or, toutes ces histoires de FMC, de pédagogie
pour adultes, tous ces casse-têtes philosophiques ne sont pas enseignés à
la faculté de médecine, laquelle est loin d‘être un haut lieu de
pédagogie, de l’aveu même des siens.
Exemple : une association "provinciale" de
médecins vient trouver un chef de service du CHU pour lui parler d’un sujet
particulier. Le chef de service accepte l‘invitation, tout fier de
poursuivre sa mission d‘enseignant au delà même de l’enceinte de la
faculté. Il réunit son staff et discute la question.
On se partage les tâches comme on a l’habitude de le
faire : le premier maître-assistant va parler de sémiologie clinique, le
deuxième des examens complémentaires, le troisième des étiologies et le
dernier du traitement. C‘est un système qui marche, il est précis et
complet. Les staffs du service ont toujours été conduits de cette façon.
Le hic: l’auditoire
généraliste "provincial"
Elle ne ressemble en rien à celui des externes de 4ème
année de médecine. Il répond exactement aux critères énumérés ci dessus
(cf. " problème "). Le résultat est souvent médiocre et compromet
l’avenir de ce genre de rencontres. Beaucoup de généralistes disent que
ça ne leur rapporte pas grand chose.
Conclusion
Elle coule de source. Cela a été dit et répété lors du
congrès de juin 1999 de la SMSM, à Casablanca, seul congrès à mon avis à
avoir vraiment engagé le débat sans langue de bois. La formation médicale
continue des généralistes devrait faire appel à des formateurs issus des
rangs de ceux qu‘on cherche à former. C‘est faisable, cela ne coûte pas
grand chose et c’est plus rentable. l’expérience existe ailleurs, il faut
aller la chercher. Partout en Europe, il existe maintenant des"
généralistes enseignants". Il est temps qu’ils existent aussi chez
nous. Aussi, il est urgent de créer des départements de médecine générale
dans les facultés de médecine et de les" connecter "aux
généralistes en exercice pour une bonne régulation (feed-back) de la
formation de base et de la formation continue. C‘est la meilleure façon de
redonner ses titres de noblesse à la médecine générale, et de ne plus
sélectionner les médecins généralistes "par l’échec".
|