Je vous raconte mon histoire d'étudiant en médecine et mes débuts balbutiants dans l'exercice de la médecine privée. Poussé par mon affinité et ma curiosité pour les sciences en général, et la médecine en particulier, je m'étais empressé à m'inscrire à la faculté de médecine. Ma formation à la faculté Je me rappelle du premier contact avec l'amphithéâtre en année préparatoire, c'était un cours de mathématiques donné laconiquement par un professeur devant une assistance fort nombreuse d'étudiants, je crois que c'était un cours sur les suites numériques... C'était également ma première déception car je ne voyais pas le rapport entre les suites mathématiques et les études médicales que je venais d’entamer. J'aurais aimé pour ce premier cours que l'on m'explique la notion de médecine, son rôle dans la société et le cheminement de ses études... Au terme des trois premières années d'études où il était question d'interminables cours d'histologie, d'embryologie, de physiologie et d'anatomie, je ne savais pas encore à quoi ressemblait un hôpital. J'étais dans l'ignorance totale de tout acte paramédical, de l'approche du patient que je devais soigner ultérieurement, mais déjà j'étais fourbu et exténué par des examens que je m'étais résigné à considérer comme une barrière mise bien haut pour me rebuter plutôt qu'un moyen pour contrôler mes connaissances. Au second cycle des études, on m'a admis avec mes camarades les matinées à l'hôpital en tant qu'externe. On était fiers de porter une blouse et d'être armés d'un stéthoscope. Combien grande fut notre désillusion quand on avait compris que nos stages se limitaient à suivre et entourer le professeur dans sa visite auprès des malades où il se délectait à nous montrer à quel point on était ignorants de la pratique médicale ! Notre rôle se limitait à signer une feuille de présence et à gribouiller sur le dossier des malades les sentences des maîtres. L'après-midi, on retournait à l'amphi détailler l'anapath, l'endocrino, la radiologie... Loin de toute créativité, de travail de groupe, de sensibilisation aux aspects de la profession, bref, la préparation d'un médecin capable d'affronter et de résoudre la plupart des problèmes de santé de la population, l'étudiant en médecine n'a plus qu'un seul but : apprendre pour décrocher son diplôme. Mes débuts dans l'exercice de la médecine générale privée Effectivement, après de longues et pénibles années d'étude, j'ai enfin obtenu le diplôme et me suis installé en tant que médecin généraliste privé, non pas par choix, mais par obligation dictée par l'essoufflement et l'impossibilité d'aller plus loin. La médecine générale, on ne l'a jamais définie. Pour nous, le doctorat en médecine était la condition nécessaire et suffisante pour exercer. La définition du généraliste décrite par les experts des nations avancées apparaît pour nous comme une utopie: l'omnipraticien capable de résoudre 80% des problèmes de la santé, dans tous leurs aspects physiques, psychologiques et sociaux, préparé par une formation de base spécifique et maintenue par une formation médicale continue appropriée. Le généraliste marocain vit mal sa situation du fait que son rôle dans le système de soins est mal défini. Il travaille dans l'isolement, sans lien avec ses confrères privés et hospitaliers. Bien que conscient de son rôle de médecin de première ligne, capable de gérer des plaintes diversifiées et d'en assurer le suivi, il est victime d’un dénigrement ignorant de la part de certains de ses confrères et une partie de la population. Si c'était à refaire... Je ne demanderais pas la même chose. Je suivrais des études de médecine générale, non pas par fatalité mais par choix positif. J'affinerais mes études dans un département spécialisé en médecine générale où on m'apprendrait la sémiologie et la clinique auprès des malades relevant de mon exercice futur. Je bénéficierais de stages précoces en soins paramédicaux, secourisme et urgentologie. La prévention et les aspects sociaux de la profession n'auraient pas de secret pour moi. J'aurais moins de cours magistraux et l'essentiel des sciences fondamentales. J'apprendrais comment gérer un cabinet médical. Je serais un étudiant enthousiaste aimant la recherche et le travail de groupe. Une fois installé en privé, je travaillerais de concert avec mes confrères privés et hospitaliers dans le cadre d'un système de soins restructuré et adapté, dans lequel le patient bénéficierait d'une assurance maladie. Je continuerais ma formation selon mes besoins au sein de mon groupe de pairs pour maintenir ma compétence et apporter des soins de qualité de plus en plus exigés par mes patients. Un vœux pieux pour moi et mes confrères ; se réalisera-t-il pour les générations futures ? |