Vous avez dit " honoraires " ?  

Je comprends que dans un univers de prestation de services, le service rendu ne le soit qu'au fait d'un calcul économique non "sentimental". 

Une prestation = un prix. Cassé, bradé, remisé, mais un prix. Peut être que les soignants ont trop longtemps entretenu le mythe du service rendu au lieu de l'estimation de la prestation exécutée.

L'estime au lieu de l'estimation. Lendemains de guerre, il fallait relever le pays. Les médecins ne se sont pas rendu assez vite compte du déclin de leur position sociale.

Nous avions des "honoraires"; nous réclamons désormais des "tarifs" décents. 

Juste pour que le dévouement ne soit plus pris pour de la naïveté et l'amour du métier pour de la sottise. 

Les temps ont changé, les médecins aussi. Je crois que les jours où les soignés auront compris que leur médecin doit se porter au moins aussi bien qu'eux alors tomberont tous les clichés actuels défendus dans votre salon comme dans la plupart des familles.

Ils tomberont non pas par retour au respect, mais par retour au "besoin".

Ce qui est déjà "gagné" c'est la fin de la concurrence entre les médecins. C'est, par exemple, la "revalorisation" de la visite à domicile par sa quasi disparition. Les médecins n'auront plus le temps de se déplacer.

La "revalorisation" du dialogue avec son patient passera, elle aussi, par sa disparition. Les honoraires actuels, avec 48% de charges n'autorisent plus qu'au déshabillage du corps, l'habillage de l'esprit n'est plus compris.

Nos semblables auront droit à la chirurgie lourde et aux anesthésies générales et à une plus légère médecine faite à la hâte. A moins de payer plus, de la main à la main. 

Il ne se passe plus un jour de consultation sans que ces petits téléphones portables idiots viennent sonner durant mes consultations. Jusqu'à l'année passée, les appelés disaient aux appelants: "je suis chez le docteur", ce qui aboutissait à la suspension de l'échange. Cette année, la phrase magique ne fonctionne plus systématiquement. Les "confrères" de téléphonie portable continuent leur verbiage devant un médecin dépité.

Émulation et concurrence

Dans une profession sanitaire, je pense que l'émulation dans la compétition à mieux soigner vaut toujours mieux que la "concurrence".

Si nous en sommes là, à nous "marquer à la culotte" pour ces histoires de tactiques guerrières sur les visites à domicile, de tours de gardes inefficaces, de tarifs massacrés, et surtout de patients insupportables, c'est probablement parce que nous avons beaucoup trop supporté "de peur"que les autres ne supportent plus que nous et détournent nos clients. Et c'est sûrement AUSSI à force de peur de perdre les clients que nous avons transformé les malades en clients et les médecins en "chiens" de garde.

Le fait que plus personne, y compris les médecins, ne supporte plus rien, dans un monde marchand pur et dur, va sûrement venir à bout de tout ou d'une partie de cette "concurrence", qui avait autant à voir avec le libéralisme que le mot libéralisme a désormais à voir avec "liberté". La liberté dans un libéralisme, moins l'impact désastreux de la concurrence. 

Une réforme rendue possible par l'impéritie de nos gouvernants à prévoir l'équation de l'offre et de la demande. Le cadeau inespéré de nos présumés ennemis pour nous prémunir contre nous mêmes.